Nature et Environnement en Nièvre

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Pesticides et CETA: quel avenir pour l'agriculture française?

Pesticides et CETA : Quel avenir pour l’agriculture française ?

 

 

 

Des agriculteurs ont manifesté récemment : Etait-ce afin de montrer leur inquiétude face à l’entrée en vigueur en Europe du traité de libre-échange avec le Canada ? Non, car à l’indifférence générale, le CETA est mis en place à « titre provisoire », en attendant que les parlements nationaux et quelques régionaux le ratifient. Les peuples et notamment leurs paysans ne seront pas consultés : « ils ne sont pas aptes à juger de la bonne marche du commerce entre les nations ».

 

Les productivistes agricoles de la FNSEA ont manifesté pour un autre droit : celui de continuer à utiliser un pesticide, le glyphosate, un agent chimique, reconnu teratogène  chez l’homme ; commercialisé sous le nom de    Roundup, le glyphosate a connu depuis plus de 30 ans une diffusion planétaire. Les effets nocifs de ce pesticide ne sont plus à démontrer pas plus que la rémanence de ses sous-produits ; l’effet potentiel cancérogène serait également constaté malgré les fausses études contradictoires du géant Monsanto.

Des agriculteurs manifestent également contre l’interdiction d’épandre des pesticides à moins de 100 m des écoles et autres mesures environnementales qui semblent tellement évidentes et élémentaires pour la majorité de la population, sauf pour certains professionnels de l’agriculture.

Le glyphosate est tombé dans le domaine public en 2000 et les firmes concurrentes en ont pris aussitôt la commercialisation, notamment dans les produits de jardinerie ; ce sont ces derniers qui sont visés par une interdiction la plus proche.

L’interdiction du Roundup sera finalement une très bonne affaire : Monsanto avait stratégiquement prévu cette interdiction (la firme connaît la nocivité de ses produits dès leur création) depuis 10 ans et lance aujourd’hui sur le marché un substitut du glyphosate…le temps d’une prochaine interdiction demandera le même délai…ne nous avaient-ils pas déjà bernés avec l’atrazine, un herbicide qui a empoisonné les nappes phréatiques pour des décennies ( utilisée dans les années 1960 et interdite en Europe en 2003, reconnue comme écotoxique, cancérogène et  perturbateur endocrinien) ; cette molécule est toujours utilisée notamment dans les pays d’Amérique du Nord.

 

La nouvelle molécule de Monsanto est lancée au moment où les firmes concurrentes subiront l’interdiction du Roundup ; hasard ? bien sûr que non, tout était prévu chez Monsanto.

Le marché des herbicides est ainsi totalement ouvert pour que Monsanto y déverse son nouveau pesticide (agent chimique dérivé de l’acide benzoïque reconnu teratogène pour l’Homme et les êtres à sang chaud). La molécule active de ce dernier produit, le dicamba, n’a fait l’objet d’aucune étude sérieuse d’impact sur la santé et la biodiversité. Des pétitions circulent aux Etats-Unis demandant le retrait immédiat de ce nouveau fléau écologique.

Les Ambroisies et autres herbes folles indésirables n’ont qu’à bien se tenir : la nouvelle molécule aidera les agriculteurs dans leur lutte contre ces dernières jusqu’à la prochaine résistance ; la FNSEA applaudira à cette solution de remplacement du glyphosate, le dicamba sera déversé tuant toute vie non désirée ; la santé des agriculteurs (premières victimes) et des consommateurs ? Peu importe, le rendement est leur première préoccupation.

Le Dicamba est utilisé au Canada…

Le Basta F1 est retiré du marché

 

L’agence de sécurité sanitaire (Anses) a décidé de retirer du marché français plusieurs herbicides contenant la substance glufosinate-ammonium suite aux nouveaux outils d’évaluation de la toxicité des produits. L’herbicide de Bayer, le BastaF1, voit son autorisation de mise sur le marché retirée. L’Anses motive sa décision   : «  les risques  pour la santé humaine liés à l’exposition au glufonisate, substance classée reprotoxique, ne peuvent être exclus… la santé des personnes et des travailleurs, des personnes susceptibles de se trouver dans un espace où ce produit est ou a été appliqué, des enfants habitant ou fréquentant une institution à proximité des espaces traités doivent être protégée… »

 

Ce retrait du Basta est d’autant plus marquant que le glufosinate était évoqué dans le monde agricole comme une alternative possible au glyphosate…bien qu’aussi dangereux !

Comment peut-on concevoir ou laisser penser aux décideurs qu’un produit de substitution destiné à tuer la vie  végétale serait inoffensif pour l’Homme ? Des alternatives non chimiques existent mais la chimie c’est la facilité, l’économie de temps et surtout la satanée rentabilité tellement rabâchée qu’elle fait obstacle  chez certains agriculteurs et surtout pour la FNSEA à tout autre raisonnement !

L’appauvrissement des sols par l’usage abusif des monocultures et des tueurs de vie (herbicides, insecticides, pesticides…), la destruction  d’arbres et de couverts toutes ces pratiques,  ne sont conçues et appliquées qu’avec le seul souci de rapides profits.

Le produit qui ne tuera que les herbes, dites « indésirables » par l’homme, n’existe pas, prétendre le contraire n’est qu’un leurre et un mensonge.

 

 

Revenons au CETA

 

Cet accord ne semble perturber ni nos agriculteurs, ni les consommateurs , ce traité entré en vigueur récemment est le résultat de négociations secrètes et non concertées. Certes une commission d’experts indépendants a été chargée d’évaluer les conséquences du CETA sur l’environnement et la santé. Si on veut enterrer un problème on nomme une commission, ceci est bien connu des politiques de tout temps…

Mais ladite commission a rendu un rapport alarmant dans plusieurs domaines : les industriels pourront contester les politiques publiques, remettre en cause des règlementations en matière de bien-être animal, de sécurité sanitaire ou de propriété intellectuelle du vivant ; l’accord est en complète contradiction avec les ambitions de la France en matière de climat…

Le rapport n’allant pas dans le sens du résultat souhaité, il sera vite enterré et les responsables politiques, notre ministre de l’environnement en tête renonceront à faire semblant de dénoncer quelques vérités.

Ce sont des dizaines de milliers de tonnes de viande canadienne qui arriveront sur le marché, 30% moins chères que la viande française, avec traitement des animaux aux anabolisants et aux antibiotiques. Ce sont 46 substances dangereuses interdites en France et répandues sur les cultures canadiennes.

Ce traité ignore les barrières tarifaires déjà extrêmement basses mais au contraire évoque des « barrières non tarifaires »…la clause ISDS incluse dans ce traité sert essentiellement de protection pour les bénéfices futurs des grandes firmes agro-industrielles grâce à un mécanisme à sens unique : le CETA permettra aux investisseurs d’attaquer des décisions politiques d’un Etat s’ils estiment qu’elles vont à l’encontre de leurs intérêts.

Il en résultera notamment que la crainte d’un procès coûteux fasse reculer les Etats sur les interdictions futures de la mise sur le marché de produits à effets cancérigènes ou reprotoxiques.

Il est bien beau de dire que ce traité ouvre les marchés publics canadiens aux entreprises européennes, mais le marché de l’UE leur est déjà ouvert! Ce CETA fait la part belle aux intérêts des firmes multinationales, intérêts qui vont à l’encontre de ceux des consommateurs et des travailleurs.

La vision de l’inscription de l’Homme dans son environnement, l’histoire agricole du pays, toutes ces normes acquises laborieusement au long des années, c’est à tout cela que le traité CETA  nous fera renoncer sans indignation, sans sursaut ? Sauf de la part de quelques associations libres de penser, un peu de s’exprimer.

 

L’agriculture française est moribonde, le traité CETA la tuera sûrement.

Comment le Président de la France peut-il se poser en défenseur de l’écologie et de la planète alors que son engagement pro-CETA et sa soumission aux règles de l’UE, qui a pris un retard dramatique sur la question des perturbateurs endocriniens, montrent que décidément, ce n’est pas l’Ecologie qui le motive mais un prétexte à des effets de communication de très mauvais aloi.

 

 

 

 

                                                                  Danièle Auclin

 



12/11/2017
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