Nature et Environnement en Nièvre

Nature et Environnement en Nièvre

La grippe aviaire, de crise en crise

 

LA GRIPPE AVIAIRE de crise en crise

 

Les élevages de poulets et  canards du Gers (39 nouveaux foyers), des Landes ( 14) et des Pyrénées atlantiques(2) font face à nouvelle flambée de grippe aviaire.  C’est  la cinquième épizootie dans le Sud Ouest depuis 2015 région qui concentre un grand nombre d’élevages de foie gras avec des densités d’animaux très importantes. Cette région regroupe la majorité de la production de foie gras mondiale ! (6 millions de canards dans les années 90, 38 millions aujourd’hui). Le foie gras qui fait selon le code rural partie « de notre patrimoine culturel et gastronomique » est le fruit d’un élevage industrialisé  ( aux mains de 3 grands groupes industriels, Deleyrat, Labeyrie et Euralis) où le gavage (des mâles) provoque l’indignation des défenseurs de la cause animale.

Depuis le début du mois de mai 900000 volailles ont été abattues pour tenter de limiter la propagation du virus. Lors de la précédente épizootie en 2022-2023, six millions de volailles ont été abattues en France, selon le ministère,. après  l’euthanasie entre octobre 2021 et mai 2022 dans le Sud ouest et le grand ouest de 22 millions d’animaux ( poules, oies, canards, pintades, dindes…) ! Mais c’est aussi la faune sauvage qui est massivement touchée. Le but de ces abattages de masse est de faire un vide autour de ce virus extrêmement contagieux et qui circule très rapidement.  Ils sont pratiqués non seulement sur les foyers contaminés mais également, à titre préventif, sur les élevages indemnes situés dans des périmètres définis dans les arrêtés préfectoraux pour diminuer la densité et la diffusion entre élevages.

A ces  crises qui se répètent d’année en année ne sont apportées que des solutions techniques . Elles ont largement prouvé leur inefficacité à lutter contre les virus sans que ne soit remis en cause un modèle agro-industriel qui se maintient grâce aux centaines de millions d’euros d’indemnisation versés par l’Etat à chaque crise pour relancer le secteur. Avec un nombre croissant de victimes de cette fuite en avant, volailles, oiseaux sauvages et éleveurs notamment les petits producteurs fermiers de plein air indépendants des coopératives qui élèvent leurs  propres animaux. Alors qu’ils sont en système autarcique donc  sans risque de diffusion du virus ils se voient imposer les mêmes contraintes de précaution que les élevages industriels.  Claustration des animaux, ce qui leur fait perdre leur label de qualité et les oblige à avoir des bâtiments de mise à l’abri très coûteux, voire la destruction de leur cheptel même s’il est indemne s’ils se trouvent proche d’un élevage contaminé…Une politique qui condamne  les éleveurs de plein air à être hors la loi ou à disparaître !

Quant aux immenses élevages avicoles industriels  en bâtiments fermés qui se concentrent notamment en Bretagne et pays de Loire (1er bassin français de sélection accouvage) ils  payent également un lourd tribu à la maladie  et  participent  à son extension (par les expulsions virales via les ventilateurs), aux élevages voisins et vers les oiseaux sauvages et créent en outre les conditions  favorables à l’émergence de nouvelles souches de virus capables d’infecter des mammifères (dont les humains…)..

.Cette reprise de la grippe aviaire en plein mois de mai est inédite et inquiétante. Les épizooties jusqu’alors étaient concomitantes à la migration d’oiseaux sauvages qui descendaient  du Nord de l’Europe, entre novembre et janvier, c’était cette période qui était à risque et donnait lieu à des contaminations majeures.

La présence de foyers d’infection au printemps  ou en été signifierait que le virus est maintenant présent sur notre territoire, avec le risque de s’enliser chez les animaux sauvages autochtones (qui ne migrent pas) auquel cas  le risque  pour les élevages  serait permanent  avec le risque toute l’année lié à cette faune qui se superposerait à celui lié à la migration ! Si des contaminations de la faune sauvage confirment celles déjà observées l’été dernier  en France et dans plusieurs pays d’Europe on pourra parler d’une implantation durable du virus.

A la panoplie des solutions techniques mises en place par les pouvoirs publics  pour enrayer les épidémies : mesures de biosécurité sur les exploitations ((désinfections, entrée/sortie sur l’exploitation, gestion des lisiers, transfert d’animaux, protection contre les oiseaux sauvages …)..,  abattage des animaux à risque, claustration, vide sanitaire, mise en place de zones réglementées va s’ajouter à l’automne la vaccination.

La Commission européenne a donné son feu vert et l’ANSES ( agence nationale de sécurité sanitaire) est chargée d’expérimenter les futurs vaccins possibles.

Ce serait une erreur de penser  que le vaccin sera la panacée. La crise du COVID a bien démontré que le vaccin n’assure pas une protection totale mais seulement dans les cas graves et que le virus est toujours présent. La vaccination devrait permettre de limiter la rapidité de l’extension du virus une fois entré dans l’élevage…  Cet  outil  complètera le dispositif de mesures de biosécurité mise en place sur les exploitations mais ne le rendra pas parfaitement efficace.

Sans compter la multitude de questions en suspens sur les futurs vaccins : leur efficacité, leur fabrication en nombre suffisant.  Selon les disponibilités l’ANSES a prévu plusieurs scénarios : commencer par les animaux reproducteurs toutes espèces confondues, pour  préserver le renouvellement des élevages, ensuite les espèces les plus à risque, canards , oies destinés au gavage, dindes de plein air, poules pondeuses avant qu’elles n’accèdent à l’extérieur et enfin les  palmipèdes élevés pour la viande, les dindes en bâtiment, et d'autres volatiles s'ils sont élevés en plein air (poules, poulets, pintades, cailles).

Sans oublier la mise en  pratique de  cette  vaccination et son  coût financier à partager entre l’Etat et les professionnels ? qui va être augmenté  car la vaccination implique la mise en place de mesures de surveillance des élevages (test PCR). Il va falloir différencier les animaux vaccinés des animaux vaccinés mais qui s’infecteraient quand même sans signes cliniques grâce au vaccin de manière à ne pas faire circuler des oiseaux à risque dans les régions indemnes. Ces mesures seront indispensables pour continuer à vendre nos produits.  Beaucoup de pays refusent des animaux vaccinés et même dans les cas d’exportation possibles il faudra prouver  que les animaux ne sont pas contaminés.

 

La réponse des pouvoirs publics à ces crises sanitaires successives est une fuite en avant via une multiplication des mesures de sécurité inefficaces   contre les risques inhérents à des  élevages industriels de plus en plus dangereux (le  stress en élevage étant  le premier facteur de risque pour développer des maladies. Ces normes imposées indifféremment  à toutes les exploitations, (complexes industriels,  fermes paysannes) poussent à l’industrialisation  d’ élevages qualifiés de « bouillons de culture » pour le virus par la Confédération paysanne

 

A la concentration dans certaines zones  d’un grand nombre d’élevages avec trop d’animaux s’ajoute une organisation industrielle de la filière totalement éclatée en une multitude d’unités de production spécialisées. Des camions sillonnent le territoire  d’un élevage à l’autre pour apporter les œufs, les aliments, les animaux (canetons à chair, poulettes, canards à gaver), suivent  ensuite les ramasseurs pour la capture et la mise en caisse… Vont s’ajouter les vaccinateurs… Autant de flux d’animaux, de produits  et de personnes qui assurent  la propagation du virus.

Ces crises sanitaires sont la résultante du produire toujours plus, toujours plus vite, toujours moins cher au détriment de la qualité qui mène à une impasse environnementale, économique et sociale.

C’est tout un système à démanteler en  mettant en place un nouveau modèle : filière courte, développer des petits bassins de production plus diversifiés, installation de nombreux élevages à taille humaine (dèjà arrêter la création de nouveaux élevages intensifs et dans les territoires en élevages très denses), les protéger contre la concurrence des volailles industrielles importées, et rémunérer à leur juste valeur les produits de qualité qui devraient être à la portée de chacun.

Une évolution qu’il faudrait mettre en place sur plusieurs années  avec les professionnels pour éviter l’effondrement de cette filière avicole au lieu de continuer les perfusions économiques  répétées qui ne font qu’en reculer l’échéance..

                                                                        J. Thévenot

 

https://interpro-anvol.fr/  interprofession de la filière avicole

https://lefoiegras.fr/le-savoir-faire/cifog-et-missions

                Comité Interprofessionnel des Palmipèdes à Foie Gras

 

 elevage-de-canard-et-grippe-aviaire.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



09/06/2023
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