Nature et Environnement en Nièvre

Nature et Environnement en Nièvre

DECAVIPEC - Biomasse et énergies renouvelables - Projets nivernais : aubaine, arnaque, gaspillage ?

Biomasse et énergies renouvelables

projets nivernais

 aubaine, arnaque,

gaspillage de l’argent public ?

 

 

 

 

Jean-Louis Borloo, ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire a sélectionné, à l’issue d’un appel d’offres, 22 projets de centrales de production d’électricité et de chaleur alimentées à partir de biomasse.

1 ou 2 projets concernent la Nièvre, le 1er à La Machine, le 2ème à Prémery. Il s’agit d’une application concrète du Grenelle de l’Environnement qui fixe comme objectif de porter à au moins 20% la part des énergies renouvelables dans la consommation d’énergie à l’horizon 2020.

 

La directive 2004/8/CE concerne la promotion de la cogénération sur la base de la demande de chaleur utile dans le marché intérieur de l’énergie.

 

Principe de la cogénération

 

La cogénération est une technique permettant de produire en un seul processus de la chaleur et de l’électricité. La chaleur se présente sous forme de vapeur d’eau à pression élevée ou sous forme d’eau chaude.

Une centrale de cogénération électricité-chaleur fonctionne grâce à des turbines ou des moteurs à gaz. Le gaz naturel est l’énergie primaire pour faire fonctionner des centrales de cogénération, mais les sources d’énergies renouvelables et les déchets peuvent être utilisés.

Contrairement à une centrale électrique où les fumées sont directement évacuées par une cheminée, les gaz sont refroidis, cédant leur énergie à un circuit eau chaude/vapeur, puis passent ensuite par la cheminée.

 

Intérêt et inconvénient

 

La cogénération permet d’utiliser des déchets de matière végétale à des fins de valorisation.

La chaleur générée doit être utilisée localement pour des réseaux urbains ou des applications industrielles.

L’Etat impose à EDF l’obligation d’acheter l’énergie produite à un tarif très élevé qui sera supporté par les abonnés EDF.

La matière première doit être disponible localement, sans faire concurrence à la montée progressive des chaufferies collectives et des installations des particuliers. Il y a un risque de l’augmentation du coût des plaquettes forestières, qui sont d’ailleurs mieux adaptées au chauffage qu’à la cogénération.

Il y a une consommation d’énergie pour sécher la biomasse, ce qui consomme une partie de l’énergie qu’elle contenait à l’origine. Ce séchage peut occasionner des odeurs, en particulier si la biomasse est constituée de déchets (fumiers, boues de station d’épuration par exemple).

Enfin il faut savoir qu’il y a des rejets de polluants plus ou moins toxiques : monoxyde de carbone, COV, oxydes d’azote et de soufre et poussières.

 

 

 

 

Le projet nivernais de La Machine

 

La société BIOMELEC et EBV ont présenté un projet, l’enquête publique est en cours du 8 septembre au 9 octobre.

La localisation est en dehors de la commune ce qui exclut l’utilisation de la chaleur en urbain. Aucune entreprise alentours, or la directive européenne est très claire : «production combinée  de chaleur et d’électricité». Le projet devait ainsi être couplé à l’installation d’une entreprise demandeuse de chaleur. BIOMELEC et les élus l’ont apparemment trouvée : il s’agirait de la Sté RESS qui, sur 5 hectares, produirait des fleurs coupées en utilisant l’énergie thermique fournie par BIOMELEC sous forme d’eau chaude.

 

L’Etat français subventionne les installations de cogénération, ce qui a suscité de nombreuses vocations par «effet d’aubaine». Les associations ont ainsi voulu creuser ce projet mirifique qui allie une production d’énergie à partir de matières premières renouvelables et une installation d’entreprise créatrice d’emplois.

 

Nous n’avons trouvé aucune donnée sur cette société RESS. En revanche nos informations sur le marché de la fleur coupée nous laissent pantois.

 

En effet «la production de fleurs coupées (en Europe …) est en constante diminution sous la pression de l’augmentation des coûts de production, de la baisse des ventes et de la forte concurrence internationale. Dans l’horticulture ornementale, le secteur de la fleur coupée est celui qui affiche le plus fort déficit … La difficile rentabilité des exploitations existantes, la pression étrangère et la baisse de la consommation, ne laisse pas présager une expansion du secteur en France».

 

L’Inde, la Chine, l’Afrique et Israël remplacent les pays producteurs européens par leur faible coût de main-d’œuvre et des climats plus cléments. Les Pays-Bas jouent un rôle de plate-forme européenne de distribution et font les prix du marché dans un contexte de surproduction mondiale. Cette situation entraîne un manque de compétitivité des exploitations françaises, qui ne dégagent plus de la valeur ajoutée, et une grande fragilité financière de ces entreprises.

 

Alors que penser du projet de cogénération couplé au projet de fleurs coupées, arnaque aux subventions ? Projet non sérieux et bancal ? Le but final serait ainsi uniquement la production d’électricité revendue à EDF (qui est obligé de l’accepter) à des tarifs très élevés, peu importe si la production de fleur coupées s’arrête très vite, ou ne s’installe jamais … elle ne figurerait dans le dossier que pour qu’il soit accepté et bénéficie de subventions publiques.

 

La biomasse est constituée de plaquettes forestières, de rondins et rémanents forestiers et de cultures de miscanthus (encore hypothétiques). Les zones d’approvisionnement présentées dans ce dossier, pour le bois, se trouvent dans la Nièvre mais aussi en Bourgogne, dans le Centre et l’Auvergne. Ce qui sous-entend des milliers de kilomètres à l’année, transports coûteux et polluants pour des déchets de bois dont l’utilisation dans des chaudières modernes, permet de récupérer 80% de l’énergie contenue dans les plaquettes.

 

Le dossier présenté ne donne pas le rendement réel de l’opération (transports, séchage, absence durant 6 mois de l’année d’utilisation de la chaleur pour des serres déjà surchauffées par le soleil), rendement qui serait supérieur par les techniques simples de chaudières, turbines à vapeur, alternateurs …), cela éviterait les rejets de polluants, mais cela ne permettrait sans doute pas à EBV d’obtenir de généreuses subventions, ni à ses maisons-mères de vendre leur matériel … Il serait question d’une exploitation sur 20 ans, peut-on parler de  développement durable ?

 

Un projet similaire en 2006/2007 a été proposé par EBV à Coustellet en Lubéron, la biomasse était constituée de plaquettes forestières et de marc de raisin, la DRIRE a émis un avis négatif. Les motifs de ce refus sont les suivants : le projet n’avait pas mis en œuvre les meilleures techniques disponibles en matière d’efficacité énergétique, le rendement calculé par la DRIRE était de 24% au lieu des 70% présentés par EBV, les taux élevés des rejets de polluants (EBV refusait à priori les seuils imposés par la DRIRE) et l’absence d’utilisation locale de la chaleur produite. Depuis un autre projet a été proposé par BIOMELEC-EBV qui n’aurait pas encore abouti à ce jour.

 

Concernant le dossier de La Machine les rejets de polluants tels que les oxydes de carbone, d’azote, de souffre sont présentés au maximum des taux de la réglementation de l’arrêté du 20 juin 2002. En particulier le taux d’oxydes d’azote réglementé actuellement à 400 mg/Nm3, taux revu à la baisse par une future réglementation européenne. Comment fera BIOMELEC qui annonce un taux égal à 400 mg/Nm3 de rejet de ses NOX par une installation nouvelle qui utiliserait soi-disant les meilleures techniques disponibles actuelles pour baisser ce taux à moins de 250mg/Nm3 ?

 

Les associations planchent sur ce dossier qui est présenté comme la panacée en matière d’énergies renouvelables, mais qui en fait traduirait une volonté de certains promoteurs de tirer profit de la distribution de subventions, un bon projet doit présenter un écobilan complet, en particulier sur le plan énergétique, ainsi qu’un bilan économique, ce qui ne semble pas être le cas de ce projet nivernais.

 

Produire plus et plus cher de l’électricité, est-ce l’avenir ? Commençons par l’incitation à diminuer notre consommation énergétique !

 

 

Danièle Auclin



18/09/2009
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