Nature et Environnement en Nièvre

Nature et Environnement en Nièvre

CONFÉRENCE CLIMATIQUE DE VARSOVIE

 

 

 

 

Conférence climatique à Varsovie

 

La 19ème conférence sur le climat qui se tient à Varsovie (du 11 au 22 novembre 2013) et réunit 190 pays est le point de départ de deux années de négociation qui doivent  déboucher en 2015, à Paris, à un nouvel accord global et contraignant sur la réduction des  émissions des gaz à effet de serre qui entrera en vigueur à partir de 2020. Il prendra la relève du protocole de Kyoto (signé en 1997, entré en vigueur en 2005 …) expiré fin 2012, reconduit à la conférence de Doha jusqu’au 31 décembre 2020.  Mais ce protocole ne concerne que les pays industrialisés, Union européenne et une quinzaine d’autres pays soit 15% seulement des émissions totales. Pour mémoire les principaux pollueurs sont la Chine (23% des émissions mondiales), Etats- Unis (15%), Union européenne (11%), Russie et Inde (5% ).

Les Etats-Unis n’ont jamais signé le protocole de Kyoto, la Russie, le Canada, la Nouvelle Zélande et la Japon sont sortis du protocole de Kyoto en refusant de se porter volontaire pour la période 2013-2020.

Rappelons que la Communauté internationale s’est fixée comme objectif de stabiliser l’accroissement de la température moyenne à + 2°C d’ici la fin du siècle par rapport à l’ère préindustrielle (accords de Cancun (2010), Durban (2011) et Doha (2012)) et qu’elle a adopté à Durban le principe qu’après 2020, tous les Etats devront participer aux efforts de  réduction des émissions. L’enjeu de cette conférence  sera donc d’amener les Etats à présenter très vite leurs objectifs et engagements nationaux de réduction pour après 2020 afin d’avoir dès 2014 à la conférence de Lima un premier projet qui permette de les évaluer et éventuellement d’exiger d’ici  le sommet de Paris leur renforcement s’ils ne correspondent pas à la responsabilité et à la capacité du pays. Encore faut-il que la conférence déclare cette échéance obligatoire …

 

Le dernier rapport du GIAEC de septembre 2013 annonce que nous sommes sur une trajectoire de réchauffement proche de +4°C de la température moyenne  d’avant l’ère industrielle et qu’il pourrait atteindre +5,5°C d’ici à 2100. Une telle situation, selon la banque mondiale, conduirait à des effets cataclysmiques vagues de chaleur et de sécheresse extrêmes, baisse des stocks alimentaires, montée du niveau de la mer qui frapperaient des centaines de millions de personnes.

La conférence s’est ouverte alors que le typhon Haiyan venait de dévaster les Philippines (qui avaient déjà été frappées par le typhon Bopha en 2012 lors de la conférence de Doha). Si le lien entre réchauffement et activité des ouragans n’est pas aujourd’hui clairement établie, ce phénomène météorologique met en lumière la vulnérabilité de certains pays exposés à la mer et aux tempêtes qui pourraient se multiplier si le monde n’agit pas pour freiner ses émissions de gaz à effet de serre (GES).

 

Il est encore possible d’atteindre l’objectif de limiter le réchauffement à +2°C. Cela implique de diminuer rapidement les émissions de gaz à effet de serre à 44 gigatonnes éq-CO2 en 2020. Or, le total des émissions mondiales de GES s’élevait déjà en 2010 à 50,1Gt éq CO2. Ensuite la réduction devra atteindre 40 Gt à l’horizon 2025, 35 en 2030 et  22 à l’horizon 2050.

Ill est donc urgent  pour atteindre cet objectif de 44Gt d’ici à 2020 de renforcer  dès maintenant les efforts de réduction d’émissions à court terme, en répartissant équitablement les efforts entre les principaux pollueurs. C’est l’enjeu prioritaire de cette conférence car si certains pays ont déjà pris des engagements ils sont nettement insuffisants au regard de l’objectif d’un réchauffement en deçà de +2°C.

 

Les obstacles à surmonter sont les mêmes que ceux de 2009 à Copenhague :

 

- Des Etats qui refusent tout accord contraignant (les Etats-Unis) ou qui s’engagent sur des objectifs de réductions mais en les soumettant à des conditions;

- En tête le Canada, ceux qui ne veulent pas s’engager sans une participation accrue de pays tels que la Chine en première place pour la pollution liée au développement continu de centrales à charbon, qui refuse d’être soumise aux mêmes contraintes que les pays industrialisés.

- Les pays émergents dénoncent la responsabilité des pays industrialisés et revendiquent leur droit au développement qu’ils ne veulent pas limiter au nom du climat.

- Les pays du sud insulaires les plus pauvres et les plus vulnérables se considèrent comme des victimes des actions du Nord à l’origine du dérèglement climatique (inondations, sécheresse … à répétition) et demandent des mécanismes d’indemnisation pour financer les pertes et dommages qui en découlent (récoltes, maisons, santé …). Une mécanisme financier est à créer pour financer la prévention, la réparation et l’action humanitaire face aux besoins croissants de ces pays en remplacement des aides ponctuelles de quelques Etats;

- Les engagements financiers des pays développés n’ont pas été respectés.  Copenhague (2009) prévoyait 100 milliards/an (Fonds vert) d’ici à 2020 pour permettre aux pays en voie de développement de lutter contre les changements climatiques et de s’adapter à leurs effets. Rien n’a été encore versé. A Doha, Etats-Unis et Europe ont justifié le non respect de ces engagements par leurs problèmes financiers. La conférence aura  à préciser les modalités pour rendre opérationnel le Fonds vert (clarification entre  moyens publics et privés, élargissement de la base des donneurs …).

- Arriver à ce que dans le futur régime climatique des règles communes soient à la hauteur des enjeux de la crise climatique qui s’accélère  et permettent  que les obligations des Etats soient contraignantes, quantifiables, mesurables et vérifiables …

      

Après l’échec de Copenhague en 2009, l’absence d’avancées significatives à Varsovie mettrait en péril les chances de succès du rendez-vous de 2015 crucial pour l’avenir.

 

La France future présidente de la négociation de 2015 devrait être très active pour faire de cette conférence une réussite. Et en tant que pays développé et membre de l’Union européenne montrer l’exemple :

 

- par  la mise en place d’une politique ambitieuse en matière de réduction de ses émissions avant 2020 et à l’horizon 2030 

- par la mise en œuvre de la transition énergétique annoncée

- en s’attaquant à la réforme de sa politique budgétaire et fiscale : contribution climat-énergie et taxe poids lourds prévus par le Grenelle, arrêt des subventions aux énergies fossiles (fioul, gazole, kérosène pour les vols intérieurs …) …

 

La Pologne aura évidemment une responsabilité particulière sur la conduite de cette conférence. Convaincre la communauté internationale qu’il faut avancer dès aujourd’hui dans la réduction des émissions de GES au risque de ne plus être en capacité demain de parvenir à l’objectif des 2°C et d’être contraints à des réductions plus rapides et plus coûteuses (difficultés économiques, coût d’adaptation des pays exposés…).

 

Pologne, pays qui s’alimente en énergie grâce au charbon (95% de son électricité …), qui lorgne sur les gaz de schistes, qui, au sein de l’Europe vote contre toutes les avancées proposées et qui, cerise sur le gâteau, accueille avec la bénédiction de son gouvernement, en marge de la conférence sur le climat,  «un sommet international du charbon» …

 

 

J. Thévenot

 

Voir articles :

 

Loire Vivante   «Cancun, nouvelle étape»

                         «Rio + 20 sale temps pour la planète»

DECAVIPEC     «Copenhague»

 

 

La suite  21 novembre

Extrait du site  notre-planete.info- le 21 novembre

 

Conférence  mondiale de Varsovie … : les ONG quittent les négociations, du jamais vu

……..

La déclaration commune de Greenpeace, CCFD, Oxfam, Alofa Tuvalu et WWF est éloquente :

"Nous, société civile, avons déjà affirmé notre solidarité avec les victimes du super typhon Haiyan, ainsi qu'avec tous ceux qui subissent les impacts des changements climatiques. Cette solidarité nous pousse à exposer ce qui se passe vraiment à la Conférence mondiale de Varsovie sur les changements climatiques (COP19).

Cette conférence devait être une étape cruciale pour aboutir à un accord en 2015. Au lieu de ça, de nombreux pays développés font tout pour briser cet objectif. Tous les gouvernements des pays développés sont venus les mains vides. De nombreux gouvernements du Sud continuent d'ignorer les préoccupations de leurs populations. La Conférence climat de Varsovie fait la part belle aux énergies fossiles, avec l'encouragement du gouvernement polonais qui préside cette conférence. Le Japon, l'Australie et le Canada font marche arrière sur leurs engagements climatiques. L'Europe n'a rien de nouveau à mettre sur la table. Si les gouvernements continuent sur cette voie durant les deux derniers jours de la COP, l'accord que nous attendons tous en 2015 sera hors de portée.

« Le gouvernement français, qui présidera le sommet à Paris en 2015, doit entendre le message d'alerte lancé par la société civile internationale et partagé par de nombreux pays, dont les plus vulnérables d'entre eux : c'est à Varsovie que les pays doivent s'engager à annoncer des objectifs ambitieux en matière de réduction d'émissions de gaz à effet de serre en 2014 au plus tard » signale Morgane Créach, directrice du Réseau Action Climat.

Les ministres français, Pascal Canfin et Philippe Martin, se targuent de vouloir faire de la COP 2015 la conférence des solutions. Ils doivent commencer la promotion de cet "agenda positif" en Europe ! « En 2014, l'UE doit impérativement se fixer un objectif de réduction de gaz à effet de serre d'au moins 55% d'ici à 2030. Sans oublier les moyens sine qua non pour l'atteindre, un objectif en matière d'énergie renouvelable ambitieux et contraignant de -45% et un objectif de -40% en matière d'efficacité énergétique. Sinon ce sera mission impossible" insiste Karine Gavand, responsable des affaires publiques de Greenpeace.

« Varsovie devait être le sommet des financements climat. Résultat des courses : nous attendons toujours des engagements publics, additionnels, comparables et transparents de l'ensemble des pays développés, notamment pour aider les pays les plus pauvres à faire face aux conséquences du changement climatique. Nos ministres présents ici à Varsovie doivent notamment annoncer la contribution de la France au Fonds pour l'Adaptation et défendre l'augmentation des financements publics » rappelle Alexandre Naulot, le porte-parole d'Oxfam France.
Nous, organisations de la société civile française voulons aboutir à un accord à Paris et continuerons à travailler dans ce sens. Mais aujourd'hui, nous décidons de nous retirer du sommet de Varsovie."

Pour le WWF : "La conférence de Varsovie a mis la défense des intérêts des énergies du passé bien avant l'intérêt général des citoyens. Il n'y a plus rien à attendre d'une telle mascarade et les organisations représentatives de la société civile mondiale ont pris la décision de quitter les négociations climatiques afin de consacrer leur temps et énergie à d'autres sujets.
A partir d'aujourd'hui, nous allons nous concentrer sur la mobilisation des opinions publiques pour faire pression sur les gouvernements afin que le climat devienne une réelle priorité de l'agenda politique."

Dans leur déclaration, l'ensemble des ONG annonce vouloir construire une véritable mobilisation citoyenne pour « transformer les systèmes alimentaires et énergétiques au niveau national et mondial, reconstruire un système économique en faillite pour créer une économie durable et à faible intensité de carbone avec des emplois décents et des moyens de subsistance pour tous ». « Sans une telle pression, impossible de faire confiance à nos gouvernements pour qu'ils fassent ce dont le monde a besoin ».

C'est la première fois dans l'histoire du processus de négociation sur le climat que la société civile, excédée et désabusée, claque la porte des négociations. Un comportement courageux qui n'est que le reflet du fossé toujours plus profond qui se creuse entre les décideurs politiques, économiques et la population. Heureusement, en contre-partie, la société civile se renforce et s'organise.

Aveuglés par leurs intérêts financiers et le sauvetage à tout prix d'un modèle de société obsolète et destructeur, incapables de prendre des décisions responsables, les gouvernements mondiaux sont en train de sceller le destin de l'humanité. Car sous l'effet des émissions croissantes et massives de gaz à effet de serre, le climat qui a permis à nos civilisations de s'émanciper change inexorablement... Le super-typhon Haiyan en est probablement le témoin. Le temps des négociations est déjà presque terminé, place à la violence du basculement climatique : un effondrement des écosystèmes imminent et irréversible...

 

L’article en son entier :

 

http://www.notre-planete.info/actualites/3867-conference-mondiale-climat-ONG-retrait-negociation



17/11/2013
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