Nature et Environnement en Nièvre

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COP 25: encore un sommet pour rien?

COP 25 : encore un sommet pour rien ?

 

La COP 25 qui s’est tenue début décembre (sous présidence Chilienne mais accueillie à Madrid en raison des graves problèmes sociaux auquel le Chili fait face)  s’est terminée  une fois de plus sur la constatation que les Etats du monde sont dans l’incapacité d’unir leurs forces et de prendre des  engagements précis pour faire face à l’urgence climatique.

C’est en 1992 au sommet de la terre de Rio de Janeiro que l’ONU a adopté la « Convention cadre des NU sur les changements climatiques ». Elle prévoit qu’il faut à la fois réduire les émissions de gaz à effet de serre et se préparer à s’adapter aux changements climatiques. Elle réunit presque tous les Etats du  monde (au nombre de 196 plus l’Union européenne qualifiés de Parties) dont les représentants depuis 1995 se rencontrent chaque année  lors des COP (Conférences Of the Parties) qui se déroulent dans une capitale choisie par rotation dans un des pays des cinq groupes régionaux de l’ONU (Asie-Pacifique, Europe de l’Est, Amérique Latine-Caraïbes, Europe de l’Ouest élargie et Afrique).

Depuis l’adoption de cette convention cadre les émissions annuelles  de gaz à effet de serre (GES) ont augmenté de 58% ….

En 1997 la 3ème COP se déroule à Kyoto.  Pour la première  fois est élaboré un protocole contraignant visant à encadrer les émissions de CO2 de plus d’une centaine de pays industrialisés : réduction de 5,2% des émissions de GES d’ici 2020 en prenant l’année 1990 comme référence et pénalités en cas de non respect des engagements.  La mise en œuvre est effective depuis 2005.

Les États-Unis, qui à eux seuls émettent 30 à 35% du total des gaz à effet de serre d'origine humaine, ont décidé en 2001 de ne pas ratifier le Protocole. Les pays comme la Chine, l'Inde, le Brésil considérés à l’époque comme des pays en développement ne sont pas inclus dans le protocole de Kyoto malgré leur taux de croissance et leur prévision de pollution aussi important sinon plus grand que celui des Etats Unis. Notons aussi une aberration, les compagnies  aériennes ont été exclues des accords de Kyoto !. Enfin dans les faits le non respect des engagements n’a pas été soumis à sanction.  Pour preuve le Canada qui a émis bien plus que les objectifs qui lui avaient été assignés 28% au lieu de 6% et qui en 2011 s’est retiré du protocole pour échapper aux sanctions!

Le protocole de Kyoto a été prolongé jusqu’en 2020. Il a été remplacé par l’Accord de Paris lors de la COP 21 ; il s’est donc éteint pour faire place à un accord non contraignant…

 

En  2015 à Paris la COP 21  a été présentée comme une réussite.  Sur le plan diplomatique sûrement, tous les Etats (192)  s’étant accordés  sur un même texte et à participer à des degrés variés à l’effort climatique.  Sur   le plan environnemental c’est une autre histoire au regard  d’ objectifs on ne peut plus flous et mous… L’accord de Paris qui était sans doute à ce prix,  s’est révélé n’être qu’un catalogue de bonnes intentions sans aucune contrainte légale.  Un accord vide, aucune des parties n’étant tenue de respecter un objectif de réduction de ses émissions.  D’ailleurs les  émissions de GES mondiales ont augmenté de 4°C et entre temps les Etats-Unis se sont retirés de l’accord….. Même si les Etats respectaient leurs engagements  une hausse de 3°C serait inévitable avec des conséquences irréversibles pour l’humanité. 

 

Face à cette urgence le but de la COP 25 était (comme la précédente…) de  finaliser les règles d’application de l'Accord de Paris pour permettre sa mise en oeuvre, à savoir contenir la hausse des températures mondiales en-deçà de 2°C, voire la limiter à 1,5°C. Pour atteindre cet objectif, les émissions de gaz à effet de serre doivent diminuer rapidement pour pouvoir atteindre une émission nette de zéro d’ici 2050.

 L’accord  doit entrer en vigueur l’an prochain (novembre 2020) lors de la COP26 à Glasgow. Il s’agissait de convaincre les Etats de prendre de nouveaux engagements plus ambitieux avant 2020…Sachant  que pour atteindre l’objectif de l’accord de Paris il faudrait réduire les émissions de GES de 7,6% par an dès 2020 jusqu’en 2030 !

 

80 Etats seulement se sont engagés à présenter une nouvelle contribution climatique nationale à la hausse en 2020 ; mais ils ne représentent que 10,5% des émissions mondiales de CO2. Tandis que les Etats  parmi les plus émetteurs,  Etats-Unis, Brésil, Chine, Australie, Inde, Arabie Saoudite campent sur leur position de ne pas vouloir revoir à la hausse leurs engagements. L’'Union européenne s'est engagée en faveur de la neutralité carbone d'ici 2050.

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Il faudra attendre la COP 26 (2020 au Royaume-Uni) pour savoir si le monde  est enfin  engagé  vers une action climatique qui permette d’atteindre les objectifs fixés dans l’accord de Paris.

 

Autres points  d’achoppement  majeurs de cette COP :

 

-          La solidarité avec les pays en voie de développement à savoir, le financement des mécanismes d'atténuation et d'adaptation des pays les moins nantis et les moins pollueurs au changement climatique. Rappelons que les pays du Nord se sont engagés à porter le financement du Fonds vert (  essentiel dans la finance climat décidé en 2009 à Copenhague et créé en 2010 à la conférence de Cancun)  à 100 milliards de dollards/an d’ici 2020 afin de financer des projets de lutte contre le réchauffement climatique. Les pays en voie de développement demandaient de poursuivre au-delà de 2020 ; aucun accord n’a pu être trouvé, la discussion a été renvoyée à la COP 26.

-         Par ailleurs on constate qu’il y a beaucoup de prêts et non pas de dons. De plus  on a aussi des substitution : des fonds sont pris en fait sur le budget de l’aide au développement donc ce ne sont pas des fonds additionnels.

-         Enfin   il faut ajouter la question des compensations pour les pays qui subissent déjà des dommages qui seraient estimés à 300 milliards de dollars par an en 2030. Les pays du Sud demandent aux pays riches  une accélération des négociations sur ce financement. La question n’a évidemment pas été résolue….

 

-         Le marché du carbone  ce système  qui date de 1997 a été créé sous le protocole de Kyoto.  Il vise à réduire les émissions de GES et repose sur un système d’échange de crédits carbone entre pays ou entreprises.

Pour chacun d’entre eux sont fixés des quotas, ceux qui dépassent  les objectifs d’émissions de GES peuvent acheter des crédits à d’autres pays ou entreprises qui n’ont pas utilisé toutes leurs émissions.

Depuis la COP 21 les pays restent divisés sur l’article 6 qui doit définir les règles du futur marché international du carbone.

La COP 25 devait chercher à définir des règles  très cadrées pour ce marché  qui se révèle inefficace en raison de règles actuelles qui permettent de tricher : échange de réductions d’émissions  inexistantes, double comptage des réductions d’émissions dans le pays qui réduit et dans le pays qui finance Certains pays comme le Brésil, l’Inde, la Chine détiennent  d’anciens crédits générés pendant le protocole de Kyoto (avant 2020) ils voudraient qu’ils soient comptabilisés pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris. Ce que refusent certains pays en voie de développement qui n’ont pas bénéficié de ce marché  et également les pays développés  pour qui cela reviendrait à saper l’accord de Paris et à réduire encore l'ambition mondiale  alors que les engagements des pays restent déjà à ce jour  largement insuffisants. Aucun accord n’a pu être dégagé. Les négociations  continueront donc en 2020 en espérant qu’elles aboutiront à un accord ambitieux à Glasgow.

 

Reste à se demander s’il est très raisonnable de mettre tous ses espoirs dans la COP 26 de Glasgow  pour résoudre  tous les problèmes restés en suspens….à la COP 25  dont le slogan était déjà “Time for action”, autrement dit “il est temps d’agir”….C’est le gouvernement britannique, à la limite du climatoscepticisme

qui va être aux manettes de la COP 26 la plus importante des dix prochaines années puisqu’il s’agira de fixer e niveau d’engagement de chaque pays.

 

Depuis 2015 chaque COP ( COP 22 (Marrakech), COP 23 (Organisée par les îles Fidji, la conférence s’est tenue à Bonn pour des raisons de logistique) ,COP 24 à Katowice Pologne, et COP 25 à Madrid) montre l’accélération de l’urgence climatique et l’inaction des Etats.  La question est donc désormais posée

ces grands sommets que sont les COP  sont- ils encore le format adapté face à l’urgence climatique ? . La diplomatie climatique s’est construite peu à peu lors des grandes rencontres internationales  sous l’égide de l’ONU. Les COP si décevantes  soient-elles ont participé à cette élaboration et restent indispensables pour maintenir cet édifice fragile face à  des Etats Nations plus prompts à défendre leurs intérêts qu’à faire avancer la cause climatique.  Ces sommets maintiennent la pression sur les décideurs mondiaux en focalisant l’attention des opinions publiques. En rassemblant les dirigeants de la planète, ils permettent le dialogue et  la création d’une conscience mondiale seule susceptible d’apporter des solutions (trop rares il est vrai mais mentionnons comme innovations, le marché carbone, le concept du paiement des services environnementaux..).

Mais les COP fonctionnent sur un modèle intergouvernementales  alors qu’il faudrait faire participer aux négociations nombre d’acteurs qui sont parties prenantes du problème de la réduction des émissions des GES :les villes, les collectivités locales, les entreprises, les Cies gazières et pétrolières, aériennes et enfin les jeunes générations, en avance sur le monde politique, qui se sont fortement mobilisées ces deux dernières années (grèves des lycéens, marches pour le climat, manifestations aux sommets de l’ONU pour le climat). Elles ont fait progresser la conscientisation d’une partie de la société, ce qui explique que la jeune activiste Greta Thunberg suscite autant de rejet…..

 

Les enjeux liés au climat sont devenus  des questions globales qui nécessiteraient une gouvernance  mondiale. La question du réchauffement climatique est posée mais  pourra- t-elle être résolue en s’appuyant sur les seuls Etats-nation et l’ONU leur parlement. Comment attendre de 200 Etats, souverains (où s’applique le principe « un pays, une voix ») et aux intérêts divergents sur fond de rapports de force (pays industrialisés/pays émergents) de mondialisation croissante, de compétition économique acharnée, d’extension du modèle de développement occidental, une  volonté commune pour déterminer des règles qui assureraient la préservation du climat  et les outils appropriés pour assurer leur respect ?. La logique voudrait  qu’en matière de réduction  des émissions de gaz à effet de serre une autorité internationale puisse contrôler le respect des engagements nationaux  et infliger  des sanctions  aux Etats manquant à leurs engagements….  

De fait après la tentative de régulation du protocole de Kyoto (fixation d’objectifs et modalités de contrôle), la communauté internationale  s’est tournée vers un droit non contraignant avec des engagements volontaires régulièrement révisables….Est- ce le bon rythme pour répondre à l’urgence climatique ? Sans doute pas. Mais il s’avère que la préservation d’un bien naturel comme l’atmosphère considérée comme un bien commun non appropriable ne peut reposer que sur la coopération volontaire des Etats.

 

 C’est peu dire que la recherche d’un consensus est un véritable casse-tête : avec des Etats qui sont dans le court terme alors que les défis à relever impliquent qu’on mise sur le long terme ; des pays totalement hétérogènes en terme de niveau de vie, de ressources naturelles, de risques  climatiques ; aux intérêts très divergents d’un côté les pollueurs historiques (problèmes de la responsabilité des pays développés donc financière), de l’autre les pays émergents et leur droit au développement, et ceux qui subissent le réchauffement climatique sans y contribuer.

Ajoutons que la plupart des gouvernements sont dans une position attentiste refusant de prendre des engagements représentant un coût important de nature à nuire à la compétitivité de leurs entreprises si les autres Etats ne suivent pas. Sans oublier ceux qui restent peu conscients de la menace climatique et qui ne font rien.

Mais faut-il rappeler que beaucoup de gens votent pour eux …Les chefs d’Etat des Etats-Unis, du Brésil , de l’Australie… ont été élus sur un programme anti-climat.

Force est de constater que la majorité de la population mondiale est pour une société produstiviste,  la destruction du climat et de la biodiversité n’est pas son problème.

C’est dire la contradiction entre des objectifs de diminution des GES et un modèle économique  qui repose sur le développement du commerce international et des transports longue distance, le productivisme agricole et alimentaire et l’ incitation à consommer toujours plus et moins cher !

 

Enfin le climat sera considéré comme un enjeu prioritaire  lorsqu’il deviendra une question transversale abordée dans tous les domaines   et dans toutes les arènes internationales, organisation du commerce, OCDE, OMS, FMI, banque mondiale  ….( deux organismes qui continuent de financer des programmes basés sur l’exploitation des énergies fossiles !).

 

                                                                      J. Thévenot

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



15/01/2020
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