Nature et Environnement en Nièvre

Nature et Environnement en Nièvre

POURQUOI ERSCIA A SARDY ? (1) LA LOCALISATION

POURQUOI ERSCIA à SARDY ? (1)


LA LOCALISATION

  

Ce qui se passe à Sardy-lès-Épiry provoque plusieurs types de réactions. Les unes et les autres répondent à des motivations diverses mais sans, visiblement, s'appuyer sur une bonne connaissance du dossier.

Nous allons tenter d'aborder, aujourd'hui, un aspect de fond qui concerne la localisation du projet.

Le projet d'ERSCIA, soutenu par le Conseil Général de la Nièvre et mis en œuvre dans ses travaux préparatoires par la société d'économie mixte Nièvre Aménagement (capital détenu à 70 % par les collectivités territoriales) comprend plusieurs parties.

ERSCIA, filiale de sociétés financières luxembourgeoises et belges, envisage l'installation d'une centrale de cogénération et de co-incinération alimentée en théorie par de la biomasse. C'est d'ailleurs l'activité déclarée au Tribunal de Commerce «La construction et l'exploitation d'une centrale de cogénération thermoélectrique, production d'énergie électrique liée à la combustion du bois». En même temps, ERSCIA annonce l'installation d'une scierie et d'une unité de production de pellets (granulés de bois).

 

De 30 à 60  …ou 17 hectares …

 

Initialement (2009), ERSCIA annonçait un besoin de surface de 30 hectares. Comme le directeur de la société, Pascal Jacob, affirme qu'il ne compte pas sur un approvisionnement local provenant du massif du Morvan de plus de 5 % de ses besoins, il est donc logique de penser que la localisation vis-à-vis du Morvan est un problème accessoire. D'ailleurs, il existe une bonne demie douzaine de zones industrielles (plus ou moins vides) dans la Nièvre capables d'accueillir une unité de cette taille. Decize, Varennes-Vauzelles, région de Cosne, Clamecy, etc …

Curieusement, les besoins en surface d'ERSCIA évoluent rapidement. De 30 hectares, on passe en 2010 à 60 hectares (sans que les installations changent de nature). On trouve alors judicieux de promouvoir un lotissement industriel contigu à ERSCIA qui pourrait accueillir 35 entreprises de la filière bois sur une cinquantaine d'hectares. Là, effectivement, il n'est pas facile de trouver une centaine d'hectares d'un seul tenant disponibles dans la Nièvre.

Mais, et c'est là qu'une étude approfondie du dossier est intéressante, on découvre que l'une des maisons mères d'ERSCIA (IBV à Burtonville en Belgique wallonne) dispose d'une installation de même nature sur … 17 hectares ! Alors pourquoi 30 puis 60 hectares ?

 

Installation IBV à Vielsam - Burtonville en Belgique

 

L'autre réflexion porte sur le «lotissement industriel». Aucune logique industrielle n'impose que des transformateurs de bois se situent obligatoirement juste à côté de la scierie sauf à être assuré qu'elle puissse les fournir dans des utilisations correspondant précisément à leurs spécificités, ce qui n'est pas acquis au départ. D'ailleurs, aucune entreprise n'a fait acte de candidature pour ce lotissement industriel ! De plus, ERSCIA affirme dans diverses déclarations, que son activité de scierie s'orienterait principalement vers la fourniture de bois destinés à l'emballage industriel ! Ce qui est très loin des différentes spécialités énumérées dans le dossier censées venir garnir ce lotissement industriel (parquets, lamellé-collé, isolation, maisons à structure bois, etc …). D'ailleurs, le seul «pôle bois» diversifié de la Nièvre se situe à La Charité-sur-Loire et emploie 400 personnes sans qu'il y ait de liens clients-fournisseurs entre les différentes entreprises. 

 

Un choix de «beurdin»

 

Enfin, le choix du bois du Tronçay à Sardy-les-Épiry ! Il faut tout de même être le dernier des beurdins pour choisir un site aussi peu approprié à des activités industrielles de cette nature !

Quand vous constatez qu'il est question de  mettre 200 à 300 camions de 40 tonnes par jour sur une route départementale limitée par le passage d'un «pont à calèches» à sens unique, vous vous tapotez le menton … Ajoutez-y le trafic routier en zones NATURA proches, l'entretien des routes dégradées et les perspectives régulières de barrières de dégel ... 

 

  Pont à calèches de Marcilly à une voie


 

 Quand vous devez raser un bois dans lequel il n'y a ni eau (à part de belles zones humides !), ni électricité (7km pour un branchement industriel), ni réseau d'assainissement, ni internet à haut débit, vous levez le sourcil …

Quand on vous dit qu'il y a une voie de chemin de fer. Oui, mais non électrifiée, à sens unique (encore !), dont le ballast n'a pas été étudié pour des transports pondéreux. Comment croire à l'utilisation de cette voie lorsque l'on sait que l'un des principaux actionnaires du groupe IBV – ERSCIA est l'un des plus gros … transporteurs routiers européens (JOST) !

Quand vous lisez que Sardy se situe dans une position centrale par rapport aux moyens de communication ou d'approvisionnement et que vous regardez la carte sur le plan régional : vous comptez 70 kilomètres pour atteindre la Val de Loire (autoroute A77), 60 kilomètres pour atteindre l'A6 (à travers les routes du Morvan), vous vous dites qu'il est des situations géographiques dites «centrales» qui ne résolvent pas tous les problèmes de transport. Car, on ne vous l'a pas dit, mais l'approvisionnement en bois d'ERSCIA est envisagé dans un rayon de 300 kilomètres ! Et que les pellets produits sont destinés à la consommation de centrales électriques thermiques … belges à 500 kilomètres de là ! Bonjour le bilan carbone !


   Voie de chemin de fer


 

Quant on vous dit que l'électricité produite (vendue à prix élevé à EDF) couvre 80 % des besoins électriques des installations (mais rachetée à un prix deux fois moins élevé), vous vous interrogez sur les bénéfices qu'en tirera la collectivité. Par contre, les bénéfices tirés de ces micmacs tarifaires iront bien dans la poche des financiers promoteurs du projet, ce qui constitue sans doute l'une des clés du problème. Ne serions-nous pas simplement en face d'une arnaque spéculative basée sur ces différences tarifaires ?

 

Alors, pourquoi ERSCIA à Sardy ?

 

Pascal Jacob, alors président de Fibre Active (agence de développement économique du Conseil Général de la Nièvre), comptait faire venir la société belge FRUYTIER dans la Nièvre. Avec l'appui de Christian Paul, député, pressé de «faire quelque chose» pour l'emploi», on saisit la première opportunité venue : le bois du Tronçay, à Sardy, est en vente et peu importe qu'on l'achète 100 ou 150.000 € trop cher ! Les subventions sont là pour compenser. Malheureusement pour notre duo improbable (*), FRUYTIER trouve le site complètement inapproprié. Lui, au moins, a été lucide ! Et s'en va s'installer à 70 kilomètres de là en Côte-d'Or, à La Roche-en-Brénil avec l'aide de subventions régionales (entre autres) où toutes les infrastructures nécessaires existent déjà. Pascal Jacob (furieux) et Christian Paul (mortifié) vont chercher l'un des concurrents belges de FRUYTIER, la société IBV qui, accepte, trop heureuse à la perspective de tailler des croupières à son rival belge. Orgueil, ego surdimensionné, vengeance ? Allez savoir …

Les belles âmes mettent en cause les «intégristes verts», les «jusqu'auboutistes» de l'opposition systématique à tout progrès économique et social, le «juridisme acharné» des associations. Mais vous l'aurez remarqué : on ne vous a parlé jusqu'à maintenant ni d'environnement, ni de la défense d'espèces protégées …. ni même du cadre de vie des habitants du coin. C'est dire !

C'est que nous y reviendrons.

 

François LABALLERY

Loire Vivante Nièvre Allier Cher

 

(*) Pascal Jacob est président du MEDEF de la Nièvre et de la région Bourgogne. Christian Paul est député PS de la Nièvre



11/02/2013
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