Nature et Environnement en Nièvre

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LVNAC- le 6ème forum de l'eau


Le 6ème forum de l'eau, qu'en attendre ?

 

 Du 12 au 17 mars se tient à Marseille le 6ème Forum Mondial de l'Eau (FME) après celui de Marrakech en 1997, de la Haye 2000, de Kyoto 2003, de Mexico 2006, d'Istambul 2009, qui se veut être le plus grand rendez-vous mondial de l'eau.  Il a été ouvert par F. Fillon, le président du pays qui l'accueille, la France, s'étant désisté comme la plupart des chefs d'Etat qui  étaient attendus….

 

Cette manifestation est mise en place par le Conseil Mondial de l'Eau (CME), créé à l'initiative des groupes français de l'eau en 1996, basé à Marseille.  Il se présente comme « un centre de réflexion international sur l'eau ».  Il regroupe des centaines d'organisations ayant un intérêt relié à l'eau  comprenant tous les niveaux administratifs de gouvernance (national, municipal, provincial…), les agences des Nations Unies, les associations professionnelles les instituts de recherches, universités, le secteur privé et l'industrie.  Il est soutenu par la Banque Mondiale, le FMI, les gouvernements occidentaux, l'Union européenne….ww.worldwatercouncil.org

 

Le conseil mondial de l'eau n'a rien à voir avec l'ONU ni avec une organisation internationale pour la gouvernance mondiale de l'eau.  C'est à l'instar de l'OMC une organisation privée au service d'intérêts privés, un lobby international qui vise à influencer les politiques de l'eau Son actuel président est Loïc fauchon, PDG du groupe des eaux de Marseille, filiale de Véolia. Le CME sert à diffuser le « modèle » français de la distribution de l'eau qui repose sur un système de gestion déléguée des services de l'eau  aux Cies privées, à titre exclusif et à faciliter  la conquête du monde par nos multinationales Véolia, Lyonnaise des eaux, la SAUR à travers des marchés dans les pays du Sud.

Associations et écologistes qualifient  ces forums de l'eau de « foire commerciale » et dénoncent le gaspillage d'argent public avec un budget de 30 millions  dont la moitié financés par des subventions.

Parallèlement au forum officiel les ONG qui défendent l'accès à l'eau et à l'assainissement organisent  un « forum alternatif de l'eau » FAME www.fame2012.org/fr , www.france-libertes.org , www.acme-eau.org  (association pour le contrat mondial de l'eau). www.coalition-eau.org  en vue d'apporter une information exacte de la situation et de contrer  la propagande des compagnies privées,  d'alimenter  le débat sur les enjeux  de l'eau, de défendre une gestion écologique et démocratique et  de rechercher des solutions à la crise mondiale de l'eau..

Ce 6ème forum a pour thème « le temps des solutions », objectif ambitieux qui impliquerait déjà une volonté politique et des moyens financiers à la hauteur qui jusqu'à ce jour font défaut. Proclamés, enfin en 2010, par l'ONU comme droit humain fondamental (voir notre article « ONU :le droit à l'eau est un droit humain »), reste à prendre les mesures pour que l'accès à l'eau et à l'assainissement  deviennent une réalité pour tous. A ce jour seulement 30 pays sur 193 ont inscrit ce droit dans leur constitution.  Plus d'un milliard d'êtres humains n'a pas accès à une eau salubre, chiffre qu'il faut doubler si l'on parle d'eau potable, 2,7 milliards sont privés d'un assainissement de base, soit  presque la moitié de la population totale des pays en voie de développement, avec des conséquences dramatiques sur la santé de ces populations et notamment des enfants.

Ce problème touche aussi les pays riches.  En France 445000 personnes ont des difficultés d'accès à l'eau potable, gens du voyage, SDF…,

On prévoit que dès 2025 les 2/3 de la population mondiale souffriront de stress hydrique (urbanisation, pollutions, accroissement démographique, occidentalisation de la consommation des riches dans les pays pauvres, changement climatique…).  D'ici 2050 la demande en eau devrait augmenter de 55%, de quoi aiguiser les appétits des Cies privées .

 

L'eau  qui est la vie est-elle:

 un bien commun de l'humanité qui doit donc être partagé  avec les plus démunis qui en manquent , qui ne doit pas être source de profit ni d'accaparement, l'eau étant à personne et à tous en même temps

 ou un produit, une marchandise à  vendre à ceux qui ont les moyens    de payer  ce bien économique dont le prix serait déterminé par le marché.

On mesure l'abîme qui sépare les deux conceptions. La première soutenue par les ONG qui  autour de Riccardo Petrella  se mobilisent depuis 1997 pour promouvoir le contrat mondial de l'eau, la seconde  par les institutions internationales  et les tenants de la privatisation et de la marchandisation de « l'or bleu ».

Certains voudraient faire de  « l'école française de l'eau » où le service public est délégué à des entreprises privées, un modèle pour le monde. Des tentatives, dans plusieurs pays ont  été un échec, Argentine, Bolivie, Kenya, Uruguay…pour des raisons de corruption,  d'augmentation du prix de l'eau,  de qualité.

Autre discours que combattent les ONG, le manque de moyens financiers de fournir à tous l'accès à l'eau.  Le coût s'élèverait à 22,6 milliards de dollars soit 17,2 milliards d'euros /an.

Elles dénoncent la politique des grands barrages, censés résoudre en partie le problème de l'eau, construits et gérés par les grandes entreprises multinationales principaux bénéficiaires de ces travaux financés par le FMI et la banque mondiale. Ils conduisent à un surcroît d'endettement pour les populations locales,  à leur délocalisation, à des pollutions, à la destruction des écosystèmes.

Autre problème le développement de l'agriculture  industrialisée et intensive qui capte 70% de la consommation d'eau totale et qui est source de gaspillages.

Enfin la préservation de la qualité de l'eau constitue un impératif majeur.

Les ONG demandent  la mise en place d'une gouvernance mondiale de l'eau, indépendante des intérêts privés, dont l'objectif serait de garantir en matière d'exploitation de l'eau la primauté d'une politique responsable de ce bien commun, sur  la finance et l'économie..

La gestion de l'eau est une préoccupation à la fois mondiale et locale.  Il n'y a pas de recettes miracles applicables à tous les Etats. Les solutions locales qui prennent en compte les spécificités territoriales doivent être favorisées. Le droit fondamental de l'accès à l'eau ne peut être garanti que par une gestion publique, démocratique et transparente associant les citoyens aux décisions.

Nous reviendrons dans un article ultérieur, sur le prix de l'eau en France en notant dès maintenant que  beaucoup de villes qui ont la possibilité de ne pas renouveler leur contrat avec les grandes Cies et de revenir en régie publique, choisissent cette solution, au premier des rangs desquelles  Paris.

 

                                                                                        J. Thévenot

 

 

Vous pourrez suivre le forum alternatif sur le blog de Marc Laimé www.eauxglacees.com

 

Pour aller plus loin : le dossier de l'eau/Marc Laimé-Seuil 2003

                                 L'avenir de l'eau /Erik Orsena-Fayard  2008

                                 La géopolitique de l'eau rapporteurJ. Glavany

                                       www.assemblee-nationale.fr

 



14/03/2012
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