Nature et Environnement en Nièvre

Nature et Environnement en Nièvre

Loup, vers une nouvelle éradication?

Loup, vers une nouvelle éradication ?

 

Après une extermination en règle (commencée sous Charlemagne jusqu’au dernier loup qui aurait été tué en Limousin en 1937…) le loup  a réapparu en France il y a 20 ans, dans le parc du Mercantour Il y est arrivé naturellement depuis l’Italie (confirmation de cette origine par des enquêtes génétiques) et non comme l’affirment les anti-loups par réintroduction de spécimen élevés en captivité.  Cet animal capable de parcourir, avant de s’implanter et de créer une nouvelle meute, 300 à 500 km quelles que soient les embûches naturelles ou artificielles progresse par bonds successifs.

Il y a aujourd’hui  environ   200 Canis Lupus présents de façon permanente dans une dizaine de départements ( Savoie, Isère, Drôme, Hautes Alpes, Alpes maritimes, de Haute Provence, Pyrénées orientales, Vosges, Doubs, Haute Saône…) contre un millier en Italie…

Le loup est pourtant loin d’être sauvé en France. En juillet 2012, José Bové député européen Europe Ecologie, invitait  ses concitoyens éleveurs à  « prendre le fusil et à tirer » si un loup risquait  d’attaquer un troupeau et posait la  question on ne peut plus démagogique « est ce qu’on veut encore des bergers dans les Causses et le Larzac ? ». Des bergers oui, des braconniers non  et ces propos sont une incitation au braconnage  d’une espèce protégée qui n’a pas besoin d’être encouragé, il fait déjà des ravages à l’abri de toute sanction !.  Et alors que déjà sous la pression des éleveurs, des élus et des chasseurs  notre pays n’a de cesse  loi après loi de faciliter les tirs du loup  et que  le comble ce sont maintenant les parcs nationaux qui montent au créneau pour le chasser de leurs territoires !

Au vu de ce qui se prépare avec le  prochain plan loup 2013-2017 en cours de rédaction, la situation  de l’avenir du loup  dans notre pays est très préoccupante. Plusieurs associations, FERUS, ASPAS, FNE, LPO, Spa, WWF….lancent une pétition.  Vous la trouverez sur le site www.ferus.fr.

 

Le loup est une espèce protégée

 

-en Europe :-  par la Convention de Berne (1979) relative à la conservation de la vie sauvage, ratifiée par la France en 1989. Elle ne protège que les loups rentrés naturellement sur un territoire d’où l’argument de la réintroduction par  ceux qui entendent  les éliminer

                  -  par la directive « Habitats », le loup  fait partie des espèces prioritaires à     protéger (annex IV)

-au niveau national le loup est inscrit sur la liste des espèces protégées depuis 1993 en application de la loi du 10 juillet 1976 sur la protection de la nature

                   Canis lupus  est classé en vulnérable sur la liste rouge des espèces menacées de l’IUCN

L’article 8 de la convention de Berne prévoit des dérogations à cette protection pour prévenir des dommages importants aux cultures, bétail, forêts, eaux et autres formes de propriétés.  C’est en s’appuyant sur cette disposition qu’est proclamée  l’incompatibilité  de l’élevage avec le loup par les éleveurs, les parlementaires, les maires…sans parler des chasseurs qui voient en lui un concurrent….

Les dispositions de cette convention s’appliquent dans le cadre de la directive « Habitats ».  Celle-ci émet des conditions restrictives à ces éventuelles dérogations : qu’il n’existe pas d’autre solution satisfaisante, que la dérogation ne nuise pas au maintien dans un état de conservation favorable des populations des espèces concernées dans leurs aires de répartition naturelle…( article L.411-2 al.4° du code de l’environnement). Correctement respectées ces règles devraient conduire à rendre exceptionnel  le tir au loup.  En fait le loup espèce protégée est  pourchassé aujourd’hui en toute légalité et  le prochain plan loup s’oriente  conformément aux demandes des  éleveurs et des organisations professionnelles agricoles vers l’élimination du loup des zones d’élevage  en tant qu’animal nuisible dont la présence et incompatible avec le pastoralisme.

 

Abattre le maximum de loups…

 

Ce n’est pas dit aussi crûment la réglementation parle de tir de« prélèvement » et de tir de « défense » doux euphémismes il s’agit bien  d’un droit de tuer une espèce protégée.

D’exceptionnel au départ et conditionné par des attaques répétées contre un troupeau on en est arrivé à un quota c'est-à-dire à un nombre annuel   de loups pouvant être abattus.

Ce nombre a été fixé à onze pour la période 2012-2013 soit une augmentation de 180% par rapport à la période précédente (6 individus)  hors de toute proportion avec l’augmentation de la population des loups.

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Ce sont maintenant  les préfets (et non plus le ministre de l’écologie), qui délivrent ces autorisations. Et comme on le sait Ils sont peu enclins à s’opposer aux demandes des organisations syndicales agricoles et des chasseurs soutenus par les élus.

 

Les tirs de prélèvement :  consistent à traquer le loup en forêt ou en montagne.  Ils sont  effectués par les services départementaux de l’ONCFS (office national de la chasse et de la faune sauvage) et les lieutenants de louveterie assistés de chasseurs, de nuit, à l’aide de projecteurs lumineux, d’un véhicule à moteur, de lunette de visée  et de carabines à canon rayé. Quelle différence avec une battue ?  On est loin des troupeaux et  on tue un loup au hasard indépendamment de toute attaque.

Ces  tirs ne peuvent intervenir que si les tirs de défense  ne permettent pas de prévenir les dommages.

Les tirs de défense : vise à empêcher l’attaque immédiate du troupeau. Ils sont  donc réalisés à proximité du troupeau menacé Cette opération  selon la réglementation ne pouvait intervenir qu’après l’échec de mesures d’effarouchement et de mesures effectives de protection, si techniquement possibles…autant dire qu’il suffit au préfet d’affirmer  que le troupeau  ne peut pas être protégé pour que ces tirs soient autorisés. Ils sont exercés par des éleveurs et des chasseurs désignés sous l‘autorité de lieutenants de louveterie agrées.

 

Une nouvelle réglementation, publiée  au lendemain du 2ème tour des présidentielles  par le gouvernement Fillon assouplit encore les conditions de destruction du loup. Désormais même si le troupeau attaqué n’est pas protégé les tirs de défenses seront possibles et de plus tous les troupeaux voisins, même non attaqués pourront pratiquer ces tirs après une attaque dans l’année ou l’année précédente….

Depuis le début de l’année ont été délivrés 131 arrêtés préfectoraux de tirs au loup ...contre  une population de 200 individus et y compris dans des départements où l’espèce ne peut être  déjà considérée comme viable ( cas de la Lozère).  En 2011  l’ONCFS a enregistré 12 cas de mortalité de loups (tirs réglementaires, braconnage, mort naturelle ou accidentelle…).

 

Le loup bientôt chassé dans les parcs nationaux ?

 

            Le Conseil d’administration du parc national des Cévennes vient de demander  qu’il soit reconnu comme zone d’exclusion pour le loup et que des tirs de défense, puissent y être opérés en zone coeur...  La présence du loup mettrait paraît-il en cause la biodiversité que produit le système d’élevage mis en œuvre sur le territoire du parc !.

           On rappellera ici que la vocation  première d’un parc national c’est la conservation de la biodiversité sauvage…et non la protection des élevages d’animaux domestiques.

           Dans le même temps une traque  était autorisée dans le parc du Mercantour  dans le but de tuer un second loup.

 

           Enfin au sein du Sénat et de l’Assemblée nationale, des parlementaires s’activent pour que des zones d’exclusion pour le loup soient crées au sein des parcs nationaux et que  les éleveurs  y soient autorisés à tirer le loup en plus des prélèvements définis au niveau national. D’autre demandes portent sur la permission à tout éleveur de tirer sur tout loup menaçant les élevages, y compris au cœur des parcs nationaux.

 

Pas à pas l’Etat français met en place une politique anti-loup, comme si  les tuer pouvait résoudre le problème, réel, de la cohabitation éleveurs, bergers/loup.

Peut-on espérer que le ministère de l’écologie reprenne les choses en mains et réaffirme haut et fort qu’au regard de ses engagements la France se doit d’assurer une protection intégrale du loup.  Il fait partie de notre patrimoine commun, il a toute sa place dans nos forêts en contribuant à la limitation des dégâts causés par les ongulés (régime alimentaire du loup, 75% d’ongulés, 10% de rongeurs, 15% de proies domestiques). La voie que prônent les anti-loups, éleveurs, chasseurs et élus démagogues,  nous ramène aux solutions radicales des époques passées.

Il serait  temps d’avancer intelligemment dans le domaine d’une réelle protection des élevages qui ne pourra être efficace sans une modification des pratiques (gardiennage continu, parcs de nuit,  chiens de protection),  une formation des éleveurs.  Et de cesser de faire du loup un bouc émissaire responsable de toutes les attaques contre les troupeaux et  de la crise que connaît la filière ovine depuis plus de 20 ans en raison de la baisse des prix et de la concurrence du mouton néo-zélandais…  Crise qui a conduit les éleveurs qui  ont survécu à  agrandir  leurs troupeaux  jusqu’à plusieurs milliers et donc à les laisser en liberté…

Et si les éleveurs qu’il faut aider dans l’organisation de la protection de leurs troupeaux ne veulent pas entendre raison et cohabiter avec le loup alors on devra poser  brutalement la question doit-on supprimer le loup pour  les intérêts économiques de quelques éleveurs ou sauvegarder la richesse  qu’il représente pour nos régions?

Quant à supprimer le loup pour que les chasseurs conservent leur nombre annuel  de chevreuils, chamois et autres   à abattre ….no comment !

                                              J. Thévenot

                

Ne le laisser pas massacrer  signez la pétition      



03/12/2012
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