Nature et Environnement en Nièvre

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DECAVIPEC - Plan cancer 2

Le Plan Cancer 2 : L'Environnement est-il vraiment oublié ?

 

 

Le Plan Cancer 2  lancé pour la période 2009-2013, est doté de 732 millions d'euros. Ce Plan s'organise autour de 5 axes : recherche, observation, prévention, soins, vivre après le cancer.

 

En matière de recherche, il est notamment prévu de mieux caractériser les risques environnementaux et comportementaux. Les liens avec le Plan Santé-Environnement 2 seront renforcés, un colloque international sera organisé en 2011 pour faire le point sur les risques environnementaux et comportementaux. Le budget de cet axe « recherche » correspondrait à 15% de la dotation totale. Quant à « l'observation et la prévention », le Plan mettra la priorité sur les cancers liés à l'environnement professionnel et aux risques liés au radon dans l'habitat.

 

Quelles seront durant 4 ans les actions concrètes, moyens de lutte attendus par la population ?, les scientifiques dénoncent depuis des années la corrélation entre l'usage des substances chimiques et l'augmentation de certains cancers, en particulier chez les jeunes adultes et les enfants.

 

Ce Plan Cancer 2 doit non seulement établir un bilan des connaissances sur les liens entre l'environnement et les cancers, mais doit avoir comme objectif des recommandations et l'élimination des facteurs environnementaux, agents physiques, chimiques ou biologiques présents dans l'atmosphère, l'eau, les sols et l'alimentation dont l'exposition est subie et non générée par des comportements individuels.

 

Bilan actuel

 

Depuis les années 1930 mais surtout 1950, la production mondiale de produits chimiques a été multipliée par 400. Parmi les 100 000 substances recensées dans l'Union Européenne, 30 000 sont produites à plus d'une tonne par an et moins de 3000 produits ont fait l'objet d'analyses approfondies quant à leur dangerosité et l'évaluation formelle et quantifiée des risques toxiques et écotoxiques.

 

 

Une majorité de ces produits, et là je vise les produits phytosanitaires, fortement rémanents, ont un caractère persistant dans les milieux soit sous leur forme primaire soit en produits de dégradation au moins aussi dangereux. Ces produits s'accumulent et se concentrent dans les sédiments, les tissus végétaux et animaux, contaminant ainsi l'ensemble de la chaîne alimentaire jusqu'à l'homme (bioamplification). Les pesticides trop largement utilisés ont montré leurs limites et leurs dangers pour l'environnement, les écosystèmes et les êtres humains. Ils sont mis en cause dans la survenue de certains cancers. Depuis 2007 une carte de France interactive donne accès à des données sur la présence des résidus de pesticides dans l'environnement.*

 

La France reste le premier utilisateur en Europe. La diminution de leur usage n'est qu'un leurre du fait de la forte diminution du soufre et du cuivre (-40%), de la réduction des doses appliquées mais compensée par l'apparition de nouvelles substances plus actives et plus concentrées. Les pesticides sont utilisés à 85% pour les usages agricoles et 15% pour le secteur non agricole (entretien divers par les collectivités et les particuliers). C'est plus d'une centaine de familles chimiques et près d'un millier de matières actives qui ont été mises sur le marché mondial à un moment ou un autre.

 

Quelles ont été les politiques générales mises en œuvre par les pouvoirs publics :

(Liste non exhaustive)

-          Plan Chlordécone, en cours. Produit organochloré, interdit depuis plus de 10 ans, il serait responsable d'un nombre important de cancers de la prostate aux Antilles.

-          Plan Ecophyto 2018** - Programme de réduction des pollutions par les produits phytosanitaires (août 2000). 30 molécules retirées en 2008 et 2009, 23 autres préoccupantes entre 2010 et 2013.

-          Plan PCB. La liste de nos rivières et fleuves pollués ne cesse de s'allonger, le 14 novembre dernier c'est l'Ouche à Dijon qui est touchée et il sera interdit de consommer le poisson à partir du 16 novembre. Le pyralène n'est plus produit depuis 1985 mais son utilisation ne sera stoppée qu'en 2010.

-          Plan éthers de glycol (février 2003) : 30 000 tonnes sont utilisées en France, 1 million de salariés manipulent ces substances. A ce jour aucune interdiction complète n'est prévue pour les 25 éthers de glycol  reconnus nocifs, toxiques ou reprotoxiques. Ce plan est complété par le règlement REACH.

-          Plan cancer 1 (2003-2007).

-          Règlement REACH***. Application obligatoire depuis le 1er juin 2008, cette réglementation concerne 30 000 substances chimiques, avec des restrictions à la production et à l'utilisation. Cette procédure viserait à éliminer progressivement certaines substances sur le marché.

-          Règlement CLP**** (janvier 2009). Nouvelles règles de classification, étiquetage pour les substances et leurs mélanges.

-          Plan cancer 2 (2009-2013).

-          Plan National Santé-Environnement 1 (2004-2008) puis 2

-          Programme  national de réduction des émissions de polluants atmosphériques (2003-2010).

-          Plan santé au travail (2005-2009).

 

 

Impact sanitaire de l'exposition  aux substances chimiques

 

  Certaines de ces substances peuvent avoir des effets nocifs importants sur l'environnement et la santé, même à faible dose. Les expositions concernent autant les professionnels que les particuliers, seulement la médecine du travail impose aux employeurs des substitutions ou des réductions, alors que les particuliers sont souvent pollués malgré eux.

 

Une enquête réalisée en 2005 par l'INRS pour le ministère du travail a estimé à 4,8 millions de tonnes la quantité  des agents chimiques cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction (CMR) consommés en France. Les niveaux d'exposition diffèrent selon les produits, en particulier :

 

  • Substances utilisées  dans des étapes de fabrication, mais non présentes dans les produits finis.
  • Substances relarguées dans les matériaux de construction et de décoration (peintures et autres)
  • Produits phytosanitaires générant un danger lors de leur élaboration, leur utilisation et leur consommation.

 

Si les valeurs toxicologiques de référence permettent de caractériser certains risques sanitaires encourus par les usagers, elles ne permettent pas d'évaluer les niveaux d'exposition individuels, les expositions sont multiples et font intervenir différents types d'agents, chaque individu fonctionne différemment et a une susceptibilité génétique individuelle.

 

« Une dose maximale sur une période courte peut-être sans effet nocif observable à un moment donné, une dose minimale sur une période longue pourra générer un effet nocif, les substances peuvent être stockées dans certains tissus et une maladie se réveillera ultérieurement ».

 

Principe de prévention

 

En 2007 (1er Plan Cancer), L'Afsset a chargé l'Inserm d'établir un bilan des connaissances sur les liens entre l'environnement et 9 cancers sélectionnés en raison de l'augmentation de leur incidence au cours des 25 dernières années : poumon, mésothéliomes, hémopathies malignes, cerveau, sein, ovaire, testicule, prostate et thyroïde.

Des chercheurs ont ainsi analysé les données de la littérature internationale et considéré comme facteurs environnementaux tous les agents physiques, chimiques et biologiques présents dans l'atmosphère, l'eau, les sols et l'alimentation. Des recherches épidémiologiques, toxicologiques et moléculaires ont été effectuées sans oublier les expositions spécifiques (amiante, radon, pesticides, particules fines et ultrafines, rayonnement X et gamma).

 

Cette expertise devrait servir de base au Plan Cancer 2, apporter de nouvelles données dans la compréhension des mécanismes  physiologiques, de la connaissance de la physiopathologie des maladies.

 

Le principe de prévention doit être l'objectif du Plan Cancer 2, l'environnement est-il l'oublié de ce Plan, cet article apporte la réponse : non l'environnement est au centre des débats.

Mais à la question :

« La vérité scientifique l'emportera-t-elle sur les intérêts financiers ? » les moyens concrets de prévention tels la diminution et la suppression des substances reconnues toxiques seront la meilleure réponse, mais la spectaculaire explosion des maladies malignes et neurodégénératives impose l'urgence.

                                                                     Danièle Auclin

 

                                                                                           

* www. Observatoire des Résidus de Pesticides.gouv.fr

**Voir article « phytosanitaires : la législation européenne.

*** enRegistrement, Evaluation, Autorisation, restriction des substances CHimiques

**** Classification, Labelling and Packaging



21/11/2009
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