Nature et Environnement en Nièvre

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DECAVIPEC-Nanotechnologies: Espoir et inquiétude

Nanotechnologies : Espoir et inquiétude*

 

L’obligation d’informer en permanence et de manière transparente la population et d’assurer le débat et la concertation est inscrite dans le droit européen depuis 1998, cette convention  a été signée à Aarhus (Danemark) le 25 juin 1998.

 

Le débat public national sur les nanotechnologies et nanosciences s’est terminé le 23 février, sur une note regrettable, un groupe d’opposants a gêné les dernières réunions, les ultimes discussions ont eu lieu à  huit clos.

 

La France a été le seul pays à organiser un débat public national sur les nanotechnologies, un groupe qui se revendique des « luddistes », artisans du textile qui, au XXème siècle, en Angleterre, se sont révoltés contre l’apparition des métiers à tisser,  est venu perturber le bon déroulement des derniers débats. Ces personnes voyaient dans le débat public une « promotion » des nanotechnologies, tout en posant  de vraies questions, elles ont empêché la libre expression du débat public, c’est une atteinte à la démocratie participative.

 

La commission du débat présentera d’ici 2 mois une synthèse des principaux arguments avancés par les intervenants.

 

Les objets nanométriques mesurent entre 1 et 100 milliardièmes de mètres, nanotubes et autres nanoparticules sont 500 000 fois plus petits  que le diamètre d’un cheveu. C’est à cette échelle que sont menées, depuis une vingtaine d’années, des recherches sur les propriétés de la matière et la compréhension des phénomènes au niveau de l’atome ou de la molécule. Outre les effets particuliers issus de la mécanique quantique (les lois de la mécanique quantique montrent  que les nanomatériaux possèdent des propriétés inhabituelles en optique, électricité, magnétisme etc.), d’autres propriétés des nano-objets proviennent en grande partie de leur grand rapport surface volume comparativement aux objets de plus grande taille.

 

Les perspectives offertes par les nanotechnologies sont multiples, nouveaux traitements contre les maladies, nouveaux outils de la médecine, de l’informatique,  de la téléphonie mobile, nouvelles sources d’énergie, nouveaux produits  de cosmétique, de construction, de l’automobile, de l’aviation, des textiles, des articles de sport etc. Nanosciences et nanotechnologies ne sont pas une simple étape de la miniaturisation, elles se caractérisent par de nouvelles propriétés qui apparaissent et déterminent leur fonctionnement. Les nanoparticules ne sont pas toutes une invention humaine, de nombreux matériaux naturels doivent leurs propriétés au fait d’être nanostructurés ou au fait de contenir des nanoparticules.

 

L’impact de ces nanotechnologies est comparable aux innovations des 17ème  et 18ème  siècles pour la machine à vapeur et du 20ème siècle pour l’électricité.

 

Réduire ou construire

 

Les composants et matériaux nanométriques sont obtenus de 2 manières différentes :

-          L’approche descendante : on réduit vers le nanomètre les dimensions des éléments existant déjà aux tailles macro ou microscopiques (exemple la miniaturisation des puces électroniques)

-          L’approche ascendante consiste à assembler des atomes, molécules (comme des briques) afin d’obtenir des nano-objets exploitables pour leurs propriétés (résistance mécanique, propriétés électroniques, optiques…).

 

Quelques applications

 

-          La pollution des nappes phréatiques est un problème sanitaire auquel les nanotechnologies pourraient remplacer les méthodes classiques onéreuses et d’efficacité faible.

-          Dans le domaine de la santé les applications sont multiples, que ce soit par la détection ultrasensible de molécules libérées par certains cancers, le développement de la vectorisation de certains médicaments, les nanocristaux d’argent qui constituent une barrière antimicrobienne, les nanoparticules magnétiques qui détruisent les cellules cancéreuses ciblées, enfin les prothèses, implants, vaccins, médecine régénératrice de tissus etc. ….

-           En agriculture, pour la protection végétale en limitant l’impact environnemental (filtres, membranes, engrais à effet retard).

-          Equipements sportifs.

-          Augmentation de la résistance d’aciers, de bétons, isolations.

-          Tous les systèmes électroniques.

-          Panneaux photovoltaïques, batteries pour stocker les énergies renouvelables.

-          La diminution des appareils électroniques limiterait la consommation des ressources et la production de déchets.

 

Synthèse des problématiques

 

Ces nanotechnologies ont des capacités à modifier à terme les grands édifices géopolitiques par leurs nombreuses applications aux confins de la physique, de la chimie, de la biologie. Mais   jusqu’ou va le bénéfice ? Quelles  sont  leurs limites ? Si l’avers de la médaille paraît prometteur et positif, le revers ne comporte-t-il pas des risques que l’état  des connaissances actuelles ne permet pas de déterminer ? Comment appréhender les questions des atteintes à la santé, à l’éthique, à l’environnement ?

La démarche d’évaluation des risques doit impérativement être mise en œuvre à toutes les étapes du cycle de vie des produits issus des nanotechnologies : fabrication, transport, usages, élimination des déchets, récupération, valorisation.

Trois voies d’exposition sont possibles : respiratoire, à travers la peau et orale. De nombreuses études chez l’animal ont montré que la toxicité pulmonaire des nanoparticules était plus importante que celle observée avec la même quantité de particules de même nature mais plus grosses.

De nombreux usages conduisent déjà à l’introduction de nanoparticules dans l’environnement, celles-ci sont soumises à différents mécanismes qui affectent leur mobilité  et leur devenir. Très peu  de travaux existent concernant leur toxicité vis-à-vis des plantes, divers impacts ont été observés sur les crustacés et les poissons dans plusieurs études : altérations des capacités respiratoires chez la truite arc-en-ciel exposée à des nanotubes de carbone monoparois, phénomènes de mortalité chez les amphibiens exposés à une forte concentration de nanotubes de carbone à double paroi.

Les connaissances sur l’écotoxicité des nanoparticules sont encore aujourd’hui très limitées, rendant délicate l’évaluation des risques pour les écosystèmes liés à leur utilisation, il est urgent de développer d’une part les études de caractérisation de l’écotoxicité et d’autre part d’affiner les connaissances concernant leur devenir dans l’environnement.

 

Faut-il envisager un moratoire ? Quid du  principe de précaution

 

Toutes ces questions ont été abordées durant ces mois de débat public, pour les milieux professionnels   et le public, les nanosciences doivent être transparentes et compréhensibles. La confiance passe notamment  par la connaissance de leur présence dans les objets au contact du consommateur et par l’analyse de leur innocuité.

Au nom du principe de précaution, des recherches engagées dans le domaine de la sécurité doivent être poursuivies et accentuées afin de mieux les identifier et d’en maîtriser le danger et les éventuels risques.

Ce débat public a démontré la nécessité d’informer, de la manière la plus transparente, de mutualiser les connaissances et les diffuser, de recueillir les interrogations et les craintes, et surtout de l’exigence d’un encadrement règlementaire.

 

Ce sujet émergent a fait apparaître la possibilité de 2 approches juridiques : soit élaborer une règlementation particulière, soit intégrer le nouveau domaine aux règlementations sectorielles qui existent par ailleurs, en les complétant ou en les modifiant.

 

Un moratoire national, qui constituerait un frein à certaines avancées technologiques majeures particulièrement dans le domaine de la santé ou qui priverait la France d’une large partie du bénéfice en termes de développement économique ou d’emplois, pourrait-il être opérationnel alors que la diffusion des nanotechnologies et des produits mis sur le marché se fait à l’échelle de la planète ? Ce moratoire national (demandé par l’association « Les Amis de la terre ») n’a pas été retenu, en revanche un moratoire partiel préconisé par France Nature Environnement, n’a pas été écarté.

 

Conclusion

 

Le développement des nanotechnologies n’offre-t-il pas l’opportunité d’engager une réflexion sur une application concertée du principe de précaution au niveau mondial, afin d’assurer à ce niveau une gouvernance et des dispositifs d’encadrement adapté ?

 

Avant de développer un nouveau produit, le principe de précaution oblige à en évaluer les risques et il amène  à se donner les moyens de  connaître, en amont, les éventuels dommages pour mieux les prévenir.

En l’état actuel, les nanomatériaux échappent  à la procédure d’enregistrement REACH, ils sont produits à de faibles quantités (toute substance  importée ou produite en quantité inférieure à une tonne ne fait pas l’objet d’un enregistrement REACH). Toutefois  la réglementation alimentaire oblige  à une évaluation démontrant son innocuité lorsqu’une nanoparticule est utilisée dans les aliments. Le Parlement Européen a demandé dans sa résolution de 2009 qu’un étiquetage additionnel soit obligatoire pour la forme nano des ingrédients.

 

Au quotidien,  il revient à chacun d’entre nous de s’interroger sur ses besoins réels, sur les usages permis et envisageables à travers les applications possibles des nanotechnologies dans les différents domaines, sur les risques pour la santé et l’environnement, sur ses aspirations quant à l’amélioration de la qualité de vie ou de son bonheur individuel, sur l’évolution des coûts, les problèmes sociaux et éthiques et le legs aux générations futures.

 

Le débat continue, l’autorité organisatrice animera des réunions publiques régionales d’information et d’échanges, chacun pourra s’exprimer, tout citoyen est invité à y participer. S’abriter derrière l’institution du principe de précaution ne suffit pas dans ce secteur qui constitue un champ d’interrogations complexe, les incertitudes existent et les opinions sont  diverses et souvent contradictoires.

 

                                                                                      Danièle Auclin

 

 

 

 

 

* DECAVIPEC et Loire Vivante ont participé aux débats et ainsi ont été destinataires du dossier résumant l’état des lieux et les axes de développement des nanotechnologies et des nanomatériaux. Un chapitre présente l’état des connaissances concernant les risques associés, pour la santé et   l’environnement.



20/03/2010
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